1973

Le 21-23 et le 25 ont été murés mais les loubards n'ont pas jeté l'éponge pour autant. Presque chaque week-end ils sont là. Ils s'excusent des débordements d'un jour puis menacent à nouveau, ils sont fantasques, imprévisibles. En janvier, le 21-23 est incendié, personne ne doute qu'ils en soient les incendiaires. Les loulous ne sont pas les seuls, voyant les portes ouvertes, à passer rue des Caves, c'est comme si toute une jeunesse en rupture de bancs s'y était donnée rendez-vous. Il y a des artistes, des politiques, des fous vrais et faux. Les communautés de la région parisienne ont même tendance à venir déposer leurs fous rue des Caves. Ces passages multiformes et incessants commencent à lasser ceux qui ne viennent pas rue des Caves pour délirer mais pour y vivre.

"Du caca en milieu Cavien" "Nous, comité de sauvegarde des sites, section rue des Caves : "Constatant : - l'état de surpopulation permanente dans lequel nous nous trouvons depuis déjà un certain temps, - l'état de dépérissement moral et de dégradation matérielle de certains lieux collectifs (7,18,22), - l'envahissement parallèle des lieux par une faune sympathique mais néanmoins étrangère à une certaine vie ou volonté de vivre dans la rue, - le phénomène actuel d'installation totalement anarchique de piaules individuelles dans la rue, - l'apathie générale de la population cavienne face à ce problème, qui ne peut donc que s'étendre, "Considérant - que la rue des Caves n'est pas une H.L.M freako-gauchiste où l'entassement et l'isolement des habitants amène irrémédiablement une dégradation des rapports, une limitation des échanges et une liquéfaction des possibilités créatives qui nous sont offertes (...) "Déclarons - Qu'une mise au point avec un certaion nombre

 
Dans la rue, pieds nus de rigueur

d'individus de passage s'avère nécessaire, - qu'il est important à l'avenir de discuter dès leur arrivée avec les personnes pouvant être amenées à prendre gîte dans la rue pour une période plus ou moins longue, les rapports mutuels intéressants étant fonction de la clarté de leur situation ici, - qu'il est VITAL d'instaurer un blocus sur les nouvelles arrivées dans la rue, - que foutre Dieu bordel de merde on s'aime bien quand même."

"Fait le 31 avril 1973."

Le même mois Doillon tourne rue des Caves quelques scènes de son film L'an 01. L'une d'elles remporte un franc succès, on y voit les Caviens jeter par la fenêtre les clefs de leur appartement. L'heure du blocus n'a pas encore sonné. La solution au surpeuplement réside plutôt dans l'ouverture de nouveaux lieux. Marie-Thé et Denis s'installent au 28. Sylvie et Xavier ouvrent le 14 ter, Dominique le 14 bis. Des courageux s'attaquent même au 26 dont l'état de délabrement est pourtant très avancé. Abandonnés depuis plus de deux ans, les immeubles vides ont beaucoup souffert. Ils ont été la proie de pilleurs en tous genres, qui ont volé le zinc des toits, les tuyaux de plomb et de cuivre pour les revendre au poids.


Foutre Dieu bordel de merde on s'aime bien quand même

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