1975

Depuis un certain temps, plusieurs Caviens, assidus des séminaires de Jacques Lacan, fréquentent le CERFI. C'est un bureau d'études "différent" qui sous l'égide de Félix Guattari tente d'explorer l'innovation sociale. La revue du CERFI, Recherches, aligne dix-huit numéros consacrés à la psychothérapie institutionnelle, à l'histoire des villes et à la sémiologie. L'une de ses animatrices, Anne Querrien, est tentée par la publication d'un numéro sur la rue des Caves. Denis, Alain et Yan rassemblent depuis plusieurs mois des textes de toute nature, publics et privés, coupures de presse et écrits personnels. Ils pourraient les classer, les introduire, les commenter en vue d'une publication. Les trois compères sont partants. L'exercice proposé par le CERFI peut permettre une relecture de l'histoire de la rue,

des rapports entre les gens. Il peut être le moyen de comprendre ce qui a cloché dans cette ou plutôt ces histoires. Au bout du compte Histoires de la rue des Caves est une sorte de collage de documents bruts. L'équipe de réalisation considère en effet que toute reconstitution historique ne fait que réduire la multiplicité et la discontinuité des événements, des pouvoirs et des pulsions à l'unité d'un sens et à la continuité d'un discours historique. L'équipe de Recherches rétorque que cette réduction est inhérente au discours historique lui-même mais respecte le choix du collectif de réalisation. Une tranche d'histoire est en rayon. Dans la rue, une autre s'écoule. Pierre et Daniel, qui l'été précedant ont été de vaillants défenseurs du 18-22, s'installent. L'union avec Les Enfants animateurs est consommée. L'association est d'ailleurs en pourparlers avec la ville pour louer deux espaces rue des Caves : le 14 bis et un petit hangar-atelier qui borde lui aussi la placette du 14. Ils se

 

Pierre, prononcez Peet, Le Masson, un des piliers des Enfants animateurs, s'installe au 22

proposent d'y faire fonctionner un lieu ouvert aux adolescents Sévriens. La mairie qui apprécie le travail de Jacqueline Berton accepte et du coup une nouvelle brèche est ouverte. Après les associations "couvertures", de vraies associations se présentent à l'Hôtel de ville. L'association de soutien aux travailleurs émigrés, l'ASTI, parvient à louer le 10 et Manivelle, une association spécialisée dans la vidéo-animation, le 9. Bien sûr, profitant de l'ouverture des locaux, de nouveaux habitants s'installent. Chacun reconnaît d'ailleurs que c'est la seule façon de contrôler les lieux, d'en empêcher le pillage et la dégradation. Le quartier n'est pas encore très sûr ! Les rumeurs sur la rue des Caves sont légions. Pour plus d'un Sévrien, c'est un repaire de marginaux, de drogués et de voyous. C'est la vision qu'en proposent Toutes les nouvelles de Versailles, le journal régional, l'Aube nouvelle le jouranl du PC et même le bulletin municipal, bien que le maire assure maîtriser la situation. Il n'y a guère que dans Le Sévrien déchaîné, le journal du "Dialogue" que l'on dénonce l'amalgame entre les loubards qui cassent et les jeunes qui construisent. Pour Jacqueline Berton, qui de sa maison de la rue Brancas entend toutes les rumeurs, il est grand temps de faire quelque chose et faire quelque chose, c'est faire la fête. Les Enfants animateurs investissent donc la rue, la décorent, s'y déguisent et y font venir les Sévriens. La fête, dont les enfants sont les maîtres-d'oeuvre est une réussite. Après trois années bien noires, la rue des Caves se refait une santé. L'avenir de l'ilôt semble d'ailleurs vouloir se préciser. En janvier a été créée "la zone d'aménagement concerté Ilôt de Ville d'Avray", et un nouveau plan d'aménagement est à l'étude. La région demande à ce que les surfaces de bureaux à construire soient portées de 19 000 à 3 800 m2 !

.........................................
Le 1 septembre 2007

Bonsoir Luc.
"ma" rue des caves est à contre temps : 1963,
je suis locataire d'un studio rue Brancas et pionne chez Jean Cavaillès. Le codonnier cordonne et le peintre asiatique promène son allure légère et poétique dans cet endroit déjà touché par la nostalgie. Puis, je quitte Sèvres et quand je reviens les rumeurs d'effractions se font entendre jusque sur mon coteau rive gauche où ma vie de famille m'accapare. Les lacaniens sont entrés aussi par effraction sur mon lieu de travail*. Nous nous prenons la tete et la pédagogie de Jacqueline berton nous étonne. Nous participons à une opération "dessins d'enfants". Lors de l'exposition, notre meilleure élève qui a une bonne bouille de bande dessinnée répond à un interview qu'elle représente les enfants inadoptés. Sa langue a fourché,elle s'appelle Leila : ça a beaucoup plu.
De PUNK , j'étais là, en gros Balzac, mon fils était là, j'ai suivi les évènements. De plus près lorsque je suis descendue 112 grande rue. Mais, rien de notoire. Là, je fais un accident domestique qui me prive de rentrer chez moi. Forte allergie. C'est à ce moment qu'Edith Lavoix me recueille chez elle, dans son rez-de chaussée , aux portes de Chaville. Je l'embauche à l'hopital de jour pour une session de formation du personnel à la vidéo. Voilà.

A + Janine

* il s'agissait de l'i.m.p. de la rue ernest renan
( déficients intellectuels) nous n'étions pas encore hopital de jour, psychiatrie infantile.



La façade du 18 - 22

Suite