1986

Depuis le temps que les squatters de la rue des Caves demandaient à payer un loyer, cela devait bien finir par arriver. Et bien cette fois ça y est ! Claude Néry, directeur d'Emmaüs, écrit aux habitants que le permis de construire pour la réhabilitation des 10, 12, 18, 22 et 28 rue des Caves est obtenu. Qu'un bail définitif sera établi en 1987 à la fin des travaux et qu'en attendant les habitants auront à acquitter une "indemnité d'occupation". Il n'a pas écrit "loyer", Espace et Vie le regrette ainsi que l'absence d'explication sur la manière dont les sommes (1500 francs par personne) ont été calculées. Pourtant les habitants acceptent comme preuve de leur bonne foi de verser une provision, le tiers de l'indemnité demandée .
La lettre que reçoivent le même jour les habitants du Hameau, de la rue de Ville d'Avray et du 25 est d'une autre teneur. Elle les informe que les immeubles vont être démolis et que, conformément à la convention signée avec la SEMI, un relogement leur sera proposé dans l'immeuble construit sur le jardin. Le contre-projet réalisé par les habitants avec l'aide d'un architecte et déposé à Emmaüs en avril n'aura donc servi à rien. Néry ne l'évoque même pas.

Pourtant au moment où il envoie cette lettre, le directeur d'Emmaüs n'a pas le droit de démolir et il le sait fort bien. Le plan d'aménagement de zone, le PAZ, un règlement d'urbanisme arrêté par la municipalité, prévoit la réhabilitation. Changer le PAZ nécessite une enquête d'utilité publique, et rien n'a encore été fait.
Sans préjuger de l'avenir, les habitants auxquels l'Office propose un relogement l'acceptent. Reste ceux à qui rien n'a été proposé, et bien sûr Musiques Tangentes. L'école de Jazz créée par Doumé et Pépé s'est beaucoup développée. Avec près de 200 adhérents, elle est bien implantée à Sèvres, et sa notoriété va bien au-delà des limites de la commune. Pour elle une solution originale a été évoquée. Son relogement dans un immeuble neuf construit sur la place du 14. François Montarras s'intéresse au projet qui permettrait en outre de créer de nouveaux logements adaptés à leurs habitants. Thierry Cowet, par exemple, y verrait bien son atelier d'artiste.
Pépé considérant qu'il est toujours bon d'avoir deux fers au feu, discute avec Emmaüs du "projet du 14", comme on l'appelle déjà, et cherche un moyen de sauvegarder le 25 et le Hameau. Cette bagarre-là passe par une mobilisation contre la modification du PAZ. On sait maintenant que l'enquête publique doit avoir lieu du 3 novembre au 5 décembre. Sur le marché de Sèvres, un peu mornes et

 

Eddy pense, comme toujours, qu'il faut élargir la mobilisation
une réunion sur le devenir de la coop se tient salle Paul Cézane à Danton

frigorifiés en ce samedi de novembre, les animateurs de Musiques Tangentes, déguisés en Gaulois, distribuent un tract haut en couleurs et attirent le badaud en mitonnant une énorme soupe à l'oignon. Le tract remporte un franc succès. Le recto présente une carte, façon première page d'Astérix, avec cette légende Nous sommes en 1986 après Jésus-Christ, toute la région parisienne est envahie par les promoteurs...toutes ? Un village peuplé de Sévriens résiste encore et toujours à l'envahisseur. Et la vie n'est pas facile pour les légions d'architectes des chantiers retranchés de Gallardorum, Bruyerorum et Pont de Sèvrum...
Au verso une information sur l'enquête d'utilité publique. Musiques Tangentes propose également une lettre-type permettant à ceux qui le souhaitent de se solidariser sur le champ avec les défenseurs du Vieux Sèvres.
Le 19 décembre, malgré les très nombreuses opinions défavorables exprimées, le conseil municipal approuve un nouveau PAZ qui permet la démolition du 25, du Hameau et des 10 et 12 rue de Ville d'Avray. La délibération précise que sur le terrain ainsi libéré la société d'Emmaüs construira une trentaine de logements sociaux.


Fabrice Grosfilley
sam. 24/08/2002 17:19

objet : gros balzac

lu avec interet vos pages, que je découvre en vagabondant sur le web (c'est le charme de la toile). Un grand plaisir pour moi , qui ai fréquenté le lycée de Sevres dans les années 80. Un précision cependant, à propos du gros balzac : nous avions repris le café dans l'année 86-87 (avec une équipe ou figurait Laurent
Ménager,Franck Guérin, hugues lévi-topal, eric Chaurin, Nasredine Houari et SYlvain Duval).
Après l'avoir fréquenté comme adhérent/client pendant "l'ére Richard" nous souhaitions en maintenir l'esprit : échecs et tarot plutot que flippers et machines à sous. Nous avions abbatu la cloison centrale pour avoir un seul grand espace et avions bati un bar au fond de la pièce. Pendant cette année là quelques expos (photos et peinture) et 5 ou 6 concerts jazz et rock (dont l'un des tous premiers de Dirty District).... Il y avait donc, fin 86 une première réouverture "lycéenne" (j'étaits pour ma part en hyppokhâgne) qui préfigurait celle à laquelle vous faites allusion deux ans plus tard...



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